l’exposition : sept focus sur des planches mythiques - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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l’exposition : sept focus sur des planches mythiques

Arrêtons-nous sur sept œuvres parmi les chefs-d’œuvre présentés dans l’exposition, dues à Will Eisner, Hermann et Yves H., Laureline Mattiussi, Christophe Blain, Luciano Bottaro, Emmanuel guibert et Mathieu Sapin.

hawks of the seas

de Will Eisner
Une des plus anciennes séries flibustières est américaine et date de 1938.
Elle est l’oeuvre du jeune Will Eisner, auteur quelques années plus tard du Spirit, classique reconnu de la bande dessinée policière. Dans Hawks of the Seas, Eisner (qui signe Willis Rensie) fait ses premières armes et démontre ses qualités de narrateur : scénarios sans temps mort, découpages dynamiques, cadrages hardis, flamboyantes scènes de bagarres… Eisner a visiblement regardé les films d’Errol Flynn : il en donne une version très convaincante, et non dénuée d’humour. Produit en studio pour une revue colombienne, Hawks of the Seas n’a connu que quelques courtes années de publication, et tous les originaux ou presque ont disparu (Will Eisner les détruisit après parution). Elle marqua pourtant l’esprit d’un jeune lecteur : Al Williamson. Résidant alors en Colombie, il était un lecteur enthousiaste d’Hawks of the Seas. Une visite aux studios de Will Eisner à New York, où on lui remit un dessin original de la série, décida de sa vocation : il serait auteur de bande dessinée. Il le devint en effet et fit une carrière remarquable (Agent Secret X-9, Daredevil, Spider-Man…), gardant toujours le dessin d’Hawks of the Seas comme un talisman. Cette vignette est le seul original de la série connu à ce jour. Après un patient travail de recherche et de restauration, l’éditeur américain Denis Kitchen réédita Hawks of the Seas en 1986, offrant aux bédéphiles l’occasion de découvrir les premiers pas d’un maître incontesté de la bande dessinée mondiale. L’exposition L’Île aux pirates permet d’en faire découvrir des reproductions de qualité.
© Reprinted with permission Will Eisner Studio Inc.

barbe-rouge

de Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon
Le classique franco-belge de la bande dessinée de pirates était présent au sommaire du premier numéro de Pilote, aux côtés d’Astérix, en octobre 1959 et reçut d’emblée un accueil favorable des jeunes lecteurs. Pliant l’histoire sanglante de la flibuste aux contraintes de la presse pour enfants, Charlier invente la figure de Barbe-Rouge, héros tonitruant (« Corne de bouc ! » est son juron de prédilection) et sauvage que la découverte d’un jeune fils honnête et courageux ramène bientôt dans le droit chemin. Trésors cachés, complots et intrigues, tempêtes, vengeance… rien ne manque aux aventures de ce pirate borgne, entouré d’un « casting » formidable. Le dessin solide de Victor Hubinon, les scénarios généreux et fort bien documentés de Jean-Michel Charlier garantissaient des heures de dépaysement et de suspense. Pilier du journal Pilote, Barbe-Rouge et son équipage reçurent la consécration suprême : les personnages principaux de la série devinrent, sur le mode parodique, les comparses réguliers (et malchanceux) des aventures d’Astérix : les pirates qu’en mer Obélix se réjouit de passer par le fond, ce sont eux !
Succès durable de la bande dessinée populaire, Barbe-Rouge s’est poursuivi longtemps après la disparition de ses créateurs.

le diable des sept mers

d’Hermann et Yves H.
Maître reconnu du dessin réaliste, Hermann a tâté de tous les genres du récit populaire : western (Comanche, sur scénario de Greg), aventure maritime (Bernard Prince, également sur scénario de Greg), science-fiction post-apocalyptique (Jeremiah), Histoire (Les Tours de Bois-Maury)… Il était donc écrit qu’il s’essaierait à la fiction boucanière.
Ce fut chose faite en 2008, quand, avec l’aide d’Yves H. (ce scénariste avec lequel il a plusieurs fois travaillé est également son fils), il publia chez Dupuis le diptyque Le Diable des sept mers : rien ne manque à cette histoire qui revisite tous les clichés du récit de pirates : trésors cachés, passion amoureuse, vengeance, rivalités…
Mais tout baigne dans une ambiance fantastique et crépusculaire : les trésors ne sont que des chimères et si les morts ressuscitent, ce n’est pas pour autant que l’histoire finira bien. Scènes de nuit, courses dans les mangroves, sanglantes scènes d’abordage, Hermann donne la pleine mesure de son talent dans des pages en couleur directe où sa patte est reconnaissable au premier coup d’œil.

l’île au poulailler

de Laureline Mattiussi
Ancienne étudiante de l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême, Laureline Mattiussi avait déjà publié Petites hontes enfantines, en septembre 2006, à La boîte à bulles lorsque Glénat accepta le projet de L’Île au poulailler. Cette histoire de piraterie, parue en 2009 et 2010 frappe autant par la liberté de son ton – entre hommage au genre, fable sans réelle morale et réappropriation ironique – que par la virtuosité de son dessin épuré, servi par une mise en couleur pleine de hardiesse. Les relations paradoxales entre une pirate pleine de morgue et un pirate velléitaire et désenchanté (ils se narguent et s’affrontent pour mieux ensuite s’étreindre, sans jamais s’expliquer sur les ressorts profonds de leur attirance mutuelle) se déroulent au sein d’un monde rêvé, bouffon et subtilement mélancolique.
© éditions Glénat / Laureline Mattiussi

isaac le pirate

de Christophe Blain
D’abord illustrateur, Christophe Blain est venu à la bande dessinée par la fréquentation des nouveaux auteurs des années 1990. Il dessine d’abord La Révolte d’Hop-Frog sur scénario de David B., western décalé où des objets se révoltent contre les hommes. Il abandonne à cette époque son travail en couleur directe pour un dessin au trait d’une densité et d’une maîtrise impressionnantes. Il publie ensuite Le Réducteur de vitesse, récit maritime qui constitue une extrapolation fantastique et comique de ses mois passés sous les drapeaux. La parution du premier tome d’Isaac le Pirate en 2001 chez Dargaud frappe les lecteurs et la critique. Ample fresque nourrie de références historiques et littéraires, Isaac le Pirate met en scène Isaac, peintre du XVIIe siècle français embarqué contre son gré sur un navire pirate et que le destin entraîne sur toutes les mers du globe. Christophe Blain renouvelle complètement l’imagerie du récit de pirates, y mêlant une interrogation subtilement ironique sur l’amour et la fidélité.

© éditions Dargaud / Christophe Blain

d u . c ô t é . d e s . e n f a n t s …

pepito


de Luciano Bottaro
Embarquement pour le rire ! Série la plus connue de Luciano Bottaro (1931-2006), Pepito est un classique de l’humour pour enfants, qui enchanta les jeunes (et moins jeunes) lecteurs des années 1950 à 1980. Publié en France dans les « petits formats » qui avaient si mauvaise presse à l’époque, Pepito met en scène un jeune pirate et son équipage haut en couleur (Ventempoupe, marin porté sur la boisson, Merluche le menuisier, Bec-de-fer le perroquet bavard…) qui combat sans relâche le vénal et vaniteux Hernandez La Banane, ventripotent gouverneur de Las Ananas, île imaginaire des Antilles. Bottaro a dessiné des dizaines d’épisodes de cette série, dans un style « gros nez » plein d’efficacité et de charme. Mais Pepito ne fut pas, loin de là, la seule création de Bottaro. Extraordinairement prolifique, le maître italien dessina des dizaines de séries (Whisky et Gogo, Baldo, Pik et Pok, Pon Pon…), sans oublier les épisodes de Donald Duck (« Paperino » en italien) qu’il inventa pour Disney Italie, et qui sont aujourd’hui considérés comme des classiques.
© Anabella Bottaro

sardine de l’espace

d’Emmanuel Guibert et Mathieu Sapin
La jeune Sardine et son oncle Épaule Jaune parcourent les planètes et les espaces intergalactiques pour sauver les enfants que la méchanceté des adultes met en danger, et les recueillent au sein de leur vaisseau l’Hectormalo (allusion transparente à l’auteur de Sans famille). Leur ennemi juré est Supermuscleman, super-héros ravagé par les mauvais instincts et dont le rêve est de mettre au pas tous les enfants indisciplinés. Heureusement que lui et son acolyte le malfaisant professeur Krok sont encore plus bêtes que méchants ! Sardine et son équipage contrecarrent dans la bonne humeur leurs plans les plus machiavéliques et apportent aux enfants la liberté et les rires indispensables à leur bonheur. Créée par Emmanuel Guibert (scénario) et Joann Sfar (dessin), cette ode riante à l’anarchie et au plaisir rencontre un succès constant. Depuis 2009, c’est le prolifique et talentueux Mathieu Sapin qui a remplacé Joann Sfar au dessin. L’exposition présente toutes les pages d’un épisode complet : de quoi se régaler les yeux !